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Dossier loup

 

Dossier loup

 

Mars 2019

Pas de nouvelle prédation sur les troupeaux du Tarn, heureusement. Et, semble-t-il une faible prise de conscience des éleveurs ovins, qui n'ont pas demandé de diagnostic de vulnérabilité financés par les fonds d'urgence débloqués par la préfecture.

Du côté des dossiers, du nouveau, avec une proposition envoyée par la DDT du Tarn au préfet coordinateur fin janvier : la "zone difficile à protéger du loup" serait étendue à la vallée du Thoré et à la Montagne Noire. Une proposition qui semble accueillie avec réticence par la DRAF.
Alertée par la Conf'81, la "profession agricole" maintient sa demande de pouvoir revenir en "cercle1" (zones de prédation : 31500 € sur 5 ans / ferme en mode "parcs", financé à 80%, pour clôtures électriques, chiens de troupeau, gardiennage renforcé.). Et il semble que les choses évoluent positivement de ce côté, le nouveau préfet coordinateur considérant les "zones difficiles à protéger du loup" comme une possibilité d'expérimentation sur les fronts de colonisation, avec un caractère réversible.
Il faudra attendre février 2020 pour l'obtention d'un arrêté. Et dans l'attente, il n'est pas possible de financer la mise en place des chiens de protection, malgré les demandes pressantes de la Conf' sur la nécessité d'anticiper : un chien de protection, introduit au sevrage dans le troupeau, n'est pleinement efficace qu'à deux, voire trois ans.

Le préfet du Tarn a accepté la demande de la Conf' d'élargir le "réseau loup-lynx". Sept éleveurs confédérés participeront aux journées de formation des 20 et 21 mars à Saïx.

La Confédération Paysanne du Tarn adresse un courrier de positionnement à la DDT pour rappeler ses attentes, et insister sur la nécessité d'anticiper.

 

 
Jean-Luc HERVE
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La Conf' refuse l'arnaque des "zones difficiles à protéger du loup"

Le loup en France: réussite...ou faillite de l'action de l'Etat?

En 1992, deux loups en provenance d'Italie sont recensés dans le Mercantour, alors que la "directive habitat", adoptée peu de temps avant, prévoit une protection maximale pour cette espèce strictement protégée... et jusque là absente de l'Hexagone.
En 2017, l'ONCFS estime l'effectif moyen de loups en France à 430 individus présents sur 74 "zones de présence permanente" (ZPP) (dont 66 structurées en meute et capables de se reproduire), dans le Sud-est , mais aussi l'Est de la France, l'est du Massif central et des Pyrénées, (35 départements au total) avec une forte dynamique de progression vers l'ouest. A l'évidence, les mesures visant à "assurer  la viabilité de l'espèce" loup sont couronnées de succès !

Dans le même temps, la prédation sur les troupeaux a connu un développement explosif, proportionnel à celui de la population de loups:

Année
Attaques
Victimes
Départements concernés
Nombre d'éleveurs
Budget d'indemnisation
2010
1086
4171
9
 
 
2015
2437
8941
24
1106
2.81 millions €
2017
3284
12521
28
1292
3.71 millions €
Du 01/01au 30/09/2018
2715
9173 *
30
 
 

* soit une augmentation de 28% par rapport à la même période de 2016 !

Au delà des chiffres, ce sont des drames vécus au quotidien par les éleveur(se)s concerné(e)s, des difficultés économiques, bien sûr, mais aussi  la culpabilité de ne pas savoir protéger le troupeau, la frustration d'abandonner des pâturages, la souffrance,  la colère, le désespoir...
 Le moins qu'on puisse dire, c'est que la volonté de l'Etat, en 1998, d'élaborer  "une stratégie  nationale de conservation du loup liée à un pastoralisme durable"  débouche sur un fiasco!

Plan national d'actions Loup (PNA) 2018/2023: assurer la viabilité de l'espèce et une plus grande protection des troupeaux et des éleveurs!!!???
Si la priorité est, dans le texte, "donnée à la protection et à l'accompagnement des activités d'élevage pour faciliter la cohabitation avec le loup", on est en droit de s'interroger sur les chances de réussite !
*Le PNA maintient l'accent sur les mesures de protection déjà utilisées (clôtures électriques, chiens de troupeau, gardiennage renforcé) avec un accompagnement renforcé pour les éleveurs (accompagnement technique, réseau "chiens de protection"...) Il est évident qu'on ne peut survivre en présence de loups qu'avec des moyens de protection efficaces.  Il ne faut cependant pas perdre de vue que 92% des prédations ont lieu sur des troupeaux protégés...
*Les "interventions sur la population de loups", ou autorisations de tirs,  concernent 12% maximum de la population moyenne estimée, soit 51 loups en 2018 (47 "prélevés" au 1er novembre 2018). La population de loups augmente par ailleurs de 20% par an... de même que la prédation.

Le loup coûte plus de 28 millions d'€ en 2018!

Le coût des mesures de protection est de 24.66 millions d'€ en 2018. S'y rajoute le budget indemnisation: 3.71 millions en 2017,  plus de 4 millions en 2018? Un coût exorbitant, qui est déduit des fonds disponibles pour les autres mesures de 2nd pilier de la PAC*, ICHN* notamment. Comment assurer dans l'avenir une telle progression (+17% entre 2016 et 2018!) dans un contexte de restrictions budgétaires ?

L'arnaque des "zones difficiles à protéger du loup"

Dans ce contexte, l'arrivée du loup dans l'Aveyron fait éclater l'impasse budgétaire au grand jour! Les aveyronnais défendent l'impossibilité pour eux de protéger leurs élevages avec des moyens plutôt adaptés aux troupeaux d'estive. L'INRA et le CERPAM[1] évaluent le coût de la protection pour le seul département de l'Aveyron à 34 millions d'€, alors que le budget national est inférieur à 25 millions! Voici la boite de pandore ouverte: avec la création des "zones difficile à protéger du loup", l'Etat ne financera plus les moyens de protection du "cercle 1"(présence du loup régulièrement détectée ou probable). En échange, les éleveurs "bénéficient" d'autorisations simplifiées de tir pour défendre leur troupeau, et d'une indemnisation des victimes sans conditionnalité.
Les "zones difficiles à protéger " ne sont en fait que des" zones  difficiles à financer" pour lesquelles, après avoir assumé l'expansion du loup en France, l'Etat se désengage vis à vis des éleveurs. Des zones, initialement prévues pour le seul département de l'Aveyron, que l'Etat voudrait bien étendre à la Lozère, à l'Hérault... et au Tarn.

Le leurre des autorisations de tir aux éleveurs

Qui peut imaginer sereinement de voir demain son métier et son mode de vie menacés par l'arrivée du loup? Dans tous les départements, la réaction instinctive des éleveurs a été la même: "non, cela ne peut se produire ici" "si le loup arrive il prendra du plomb". Dans tous les départements aujourd'hui frappés, les loups sont arrivés, de plus en plus nombreux, les prédations ont explosé, et les éleveurs n'ont pu freiner l'expansion du loup. En 2018, sur 1406 autorisation de tirs données à des éleveurs, 2 loups ont été tués.
Ceux qui ont été victimes d'attaques de chiens errants savent combien il est difficile de s'en protéger. C'est bien pire pour des loups, beaucoup plus intelligents et organisés. Et bien pire encore dans les paysages tarnais de forêts et de bocage où la visibilité à longue distance est limitée.
Laisser croire aux éleveurs qu'ils pourront s'opposer à l'expansion des loups relève de la plus pure démagogie ! Le travail de l'éleveur, c'est de prendre soin de son troupeau et de sa ferme. Ce n'est pas de passer ses nuits à tenter de tuer un loup, au détriment de la survie de la ferme, de sa santé et de sa vie de famille!

C'est à l'Etat d'assumer ses responsabilités "d'intervention sur la population de loups", et de prendre les moyens pour cela, au lieu de se défausser sur les éleveurs !

Quelles aides dans quel cas ?

En "cercle 1" (zones de prédation): 31500€sur 5 ans/ ferme en mode "parcs", financé à 80%, pour clôtures électriques, chiens de troupeau, gardiennage renforcé.
En "cercle 2"(fronts de colonisation) 6500€/ferme sur 5 ans, financé à 80%, pour clôtures électriques et chiens de protection
En zone difficile à protéger: aides  du cercle 2 uniquement
Les crédits d'urgence: c'est la cas dans le Tarn en ce moment. Mobilisés par la DDT, ils ont permis l'indemnisation de l'éleveur , et l'achat de clôtures disponibles à la maison de l'élevage
Et les droits de tir?
Conditionnés à la mise en place de moyens de protection dans les cercles 1 et 2
Sans condition en ZDP

Des zones difficiles à faire avaler à Bruxelles

Comme les autres mesures de la PAC*, les aides à la protection ou à l'indemnisation sont contrôlées et cofinancées par la commission européenne. Il faudra lui faire avaler le cas particulier des zones difficiles à protéger, ce qui n'est pas acquis: déterminer des critères "solides" de non protégeabililité, les éprouver sur le terrain et les faire accepter à Bruxelles. Quand on aura démontré qu'une zone n'est pas protégeable, il n'est pas évident qu'on puisse revenir en arrière, et demander à émarger aux budgets de protection du "cercle 1" . Il est même logique de penser le contraire! Après avoir choisi la ZDP pour le Tarn, la chambre d'agriculture, la maison de l'élevage et le syndicalisme majoritaire vont s'apercevoir que, une fois les loups installés et la prédation présente, les éleveurs tarnais ne pourront plus émarger aux mesures d'aides à la protection! Une balle tirée dans le pied des éleveurs tarnais par une partie de leurs représentants !

Le loup dans le Tarn: agir avant de subir !

La première prédation sur un troupeau tarnais a eu lieu fin juin 2018, avec 14 brebis tuées et 11 blessées. Un loup a été photographié à plusieurs reprises par les pièges photographiques fin septembre, des témoins locaux évoquent des empreintes de deux loups adultes et deux jeunes...
Le Tarn est aujourd'hui bordé par trois zones de présence permanente de loup (ZPP), sur le Larzac (12), le Caroux (34) et le Razès (11). Il serait étonnant que le Tarn reste  durablement préservé des  loups et de leurs attaques, alors que l'élevage tarnais  est vulnérable avec ses petits lots d'animaux différents,  ses systèmes pâturant, voire en plein air ou semi plein air , ...
S'il est impossible de prévoir un calendrier, l'étude des chiffres de ces dernières années impose la plus grande vigilance: en 8 ans, le nombre de départements prédatés est passé de 9 à 28, et il y a 8 nouveaux départements impactés entre le 01/01 et le 31/08/2018!
Il est urgent de mettre en place des mesures de prévention... même s'il est beaucoup plus tentant d'imaginer qu'on va rester à l'écart du problème, ou qu'on empêchera le loup de coloniser nos territoires tarnais.

Vous avez dit conditionnalité?

L'Europe voudrait limiter l'indemnisation des animaux victimes du loup aux éleveurs qui ont mis en place des moyens de protection. La France essaie de "vendre" les ZDP aux éleveurs en échange de l'indemnisation des victimes sans conditions de moyens de protection.La Conf' s'oppose à toute forme de conditionnalité sur les indemnisations: la société a fait le choix  de la présence du loup en France , elle doit l'assumer en indemnisant sans restriction les éleveurs victimes de prédation !

Cellule loup: la Conf' s'oppose à la mise en place de la "zone difficile à protéger du loup"( ZDP)

La Conf' du Tarn est en pointe sur le dossier loup. Très implantée chez les moutonniers, souvent engagés dans des systèmes de plein air respectueux de l'environnement et de la biodiversité, la Conf' a à cœur de trouver les meilleures solutions pour préserver l'avenir.
Une réunion le 1er octobre à Montredon Labessonié avec Thomas Vernay, référent national "loup", et une vingtaine d'éleveur(se)s, a permis d'approfondir le dossier, et de comprendre les enjeux.
Le 5 octobre, à la préfecture, lors de la réunion de mise en place de la cellule loup, la Conf' s'est opposée à la proposition de l'administration de créer une "zone difficile à protéger" englobant 73 communes du nord-est tarnais. Le préfet n'a pu que constater les désaccords au sein de la profession, et demander une nouvelle réunion.
Le 15 octobre, la discussion a été chaude au conseil d'administration de la FDO, où la position de la Conf' recevait une audience de plus en plus large.
Le 18 octobre, à la DDT, lors de la nouvelle réunion de travail, la Conf' s'est encore opposée à la mise en place de la ZDP dans le Tarn, qu'elle craint  incompatible avec les aides à la protection. Elle a aussi demandé que l'Etat assume le contrôle de la population de loup, par une brigade loup locale (louveterie) ou régionale.

Ce que veut la Conf' :

- de vrais moyens pour la protection des troupeaux  :  même si les moyens de protection ne fonctionnent pas à 100%, il est impensable de s'en passer face aux loups! 

La Conf 81 demande :

                -la possibilité pour les éleveurs d'émarger aux budgets de protection (cercle 2, et cercle 1 en cas de prédation)
                -l'extension de la zone "front de colonisation" au sud du département (Montagne Noire et vallée du Thoré)
                -une réflexion sur l'adaptation des moyens de protection aux systèmes "hors estives"
                - l 'anticipation de la colonisation avec un déblocage des aides aux moyens de protection, notamment sur l'achat et l'entretien des chiens de protection. (un chien de protection est introduit dans le troupeau à l'âge de deux mois, il n'est pleinement efficace qu'à partir de 2, voire 3 ans, d'où l'urgence d'anticiper)
                -des formations "loup" aux agriculteurs volontaires, pour mieux comprendre et anticiper

- une gestion adaptée de la prédation :  Malgré la mise en place de moyens de protections , la prédation augmente de manière exponentielle. Le problème principal n'est pas le nombre de tirs autorisés par an, mais de diminuer la pression de prédation, éliminer les loups qui posent problème (position partagée par D Guillaume, le nouveau ministre, lors de son entrevue avec L. Pinatel le 22 octobre).
 
Eradiquer, ou gérer la prédation?  En France, l'alimentation des loups est constituée à 80% d'animaux non domestiques. Les loups peuvent ainsi contribuer à contrôler le grand gibier aux dégâts insupportables.Ce que demande la Conf', c'est d'éliminer les loups en action de prédation sur les troupeaux.
 
La Conf'81 demande:
                - le retrait des loups des espèces protégées dans la convention de Berne et la Directive Habitat
                -que les prélèvements de loups soient effectués en fonction des dégâts aux troupeaux et pas dans un cadre de gestion de l'espèce. L'objectif central des prélèvements doit être la baisse de la prédation, pas un tableau de chasse
                - que les prélèvements par tirs ou piégeage soient ciblés et réalisés avant tout par les services de l'État dans toutes les zones d'élevage         
                - La création de brigades d'intervention dans l'ensemble des départements, en lien avec le front de colonisation
                -le renforcement du réseau loup-lynx dans le Tarn, et l'intégration d'éleveurs volontaires à ce réseau.

La Confédération Paysanne  s'oppose à :
- Toute forme de zonages ou de gestion différenciée qui conduirait à une inégalité de traitement selon les territoires ;
- La mise en place d'une conditionnalité entre moyens de protection et indemnisations.
 
Jean-Luc HERVE

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